L’Économiste: Quel avenir pour le tourisme en baie Souss Massa Draâ?

 LES TROIS PARADOXES RÉCURRENTS (Philippe Alleau – in L’Economiste n°1423 – 2003 – Extraits).

 Empiriquement, on connaît ces touristes du balnéaire, venant se concentrer tout au long des rivages du bassin méditerranéen : voyageurs en quête de soleil et adeptes de packages promotionnels. Ce type de marché est très aléatoire étant donné, d’une part de la concurrence directe de l’ensemble des stations balnéaires du pourtour méditerranéen (inclus les îles Canaries et l’Espagne) et d’autre part, de la faible marge bénéficiaire générée, obligeant à des investissements considérables (nombre de lits) pour réaliser des profits d’échelle.

On observe malgré cela, que les investissements concernant les projets Founty I, II, Marina et Taghazout ont été concentrés sur le littoral, avec un positionnement encore une fois balnéaire, et dont les coûts en immobilisation (foncier, bâtiments, revêtements, décoration, mobiliers, …) sont disproportionnés en regards des profils et attentes des clientèles potentielles. Les stratégies de profit escomptées, de type « volume », cherchant à accroître les économies d’échelle sur les phases amont des processus de production (commercialisation, achats matières et fournitures) restent totalement dépendantes du flux tendu des arrivées touristiques. Or, la conjoncture actuelle, va peut être remettre en question les flux migratoires du tourisme de masse vers le balnéaire. De plus, il semble évident que les grands complexes hôteliers seraient amenés à  investir dans de coûteux systèmes de sécurité, pas nécessairement efficaces contre les attentats, mais plutôt pour réduire le montant de leurs primes d’assurance en responsabilité civile.(….) La clé du succès pour les opérateurs touristiques sera de savoir reconnaître la diversité de la demande touristique et de vendre des produits sur mesure. On comprend dès à présent que les opérateurs touristiques existants seront obligés de faire de gros efforts pour répondre à ce type de demande. Il s’agira de fournir des prestations, en termes de qualité de services, d’animation, d’excursions, de restauration, qui prendront en compte les caractéristiques de ces différents publics.

Enfin, il ne faudra pas sous estimer le déficit d’image en termes d’attractivité commerciale que susciteront les pays musulmans, face à la nouvelle donne terroriste. Il est clair que ces derniers devront offrir davantage de garanties que toute autre destination, sachant que les seniors (qui représentent les marchés à séduire) sont beaucoup plus attentifs aux notions de sécurité et de risques que les autres catégories d’âge.(…) Les espoirs de développement se tournent vers l’écotourisme, la région bénéficiant d’atouts naturels attractifs et diversifiés. C’est dans ce sens que l’adhésion au Club des plus belles baies du monde pouvait apporter à la région une dimension territoriale et non plus limitée à l’espace littoral. En outre, raisonner en termes de produits sur un ensemble de territoires diversifiés (aussi bien sur le plan physique que culturel) et accessibles dans un rayon de 150 km autour d’Agadir, définie un positionnement marketing performant, dans la mesure ou il se démarque d’une offre balnéaire excessivement concurrentielle. Durant trop longtemps, cet aspect n’a pas véritablement été mis en avant au niveau de la politique de promotion locale et régionale en direction des marchés émetteurs.

(…) On aura compris que l’enjeu du secteur, ne réside pas tant dans la seule capacité à produire des lauréats, mais plutôt dans la capacité des unités hôtelières à les évaluer et à valoriser le parcours de chacun, employés, middle management et responsables de département. Il s’agit là tout simplement d’une révolution culturelle ou de management, d’autant plus attisée par les incertitudes des prévisions des marchés touristiques.

 

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